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2 minPuerto Aysén

Les tourbières : l’éponge du sud qu’il vaut mieux ne pas piétiner

On dirait des prés détrempés, mais ce sont des zones humides qui stockent du carbone et régulent l’eau. Ce que sont les tourbières de l’Aysén et de Magallanes, pourquoi la loi interdit d’extraire la tourbe et comment les observer sans les abîmer.
Photo : Mat Austro · CC BY 4.0

Par Equipo VivePatagoniaLa rédaction du portail

Aux abords de Puerto Aysén, et dans une bonne partie de la Patagonie humide, certains terrains ressemblent de loin à des prés détrempés, avec des taches rougeâtres et vertes au milieu des herbes. Ce ne sont pas des prés : ce sont des tourbières. Le guide de terrain « Explorando Aysén », du Museo Regional de Aysén, compte celles qui entourent la ville parmi les sites patrimoniaux de la région.

Qu’est-ce qu’une tourbière

La loi chilienne la définit comme un type de zone humide caractérisé par la production de tourbe : un mélange de débris végétaux à différents stades de décomposition, accumulé dans un milieu gorgé d’eau. Là où le sol est en permanence saturé d’eau, les restes de plantes manquent d’oxygène pour se décomposer entièrement, et ils s’accumulent couche après couche.

Dans l’Aysén, on étudie surtout trois types : les tourbières à sphaignes (Sphagnum), les tourbières pulvinées, formées de plantes qui poussent en coussinets, et les tourbières mixtes.

Pourquoi elles comptent

Les tourbières stockent du carbone et régulent l’eau. La sphaigne Sphagnum, qui forme beaucoup d’entre elles, retient l’humidité de façon remarquable : elle fonctionne comme une éponge qui absorbe quand il pleut et relâche l’eau peu à peu.

C’est cette même capacité qui en a fait un produit. Le Sphagnum se récolte et s’exporte, surtout vers l’Asie, pour la culture des orchidées. Une étude de l’Instituto Forestal sur l’Aysén avertit que la surexploitation compromet l’eau, le carbone et l’intégrité de l’écosystème, et que là où la mousse domine, la récolte devrait rester superficielle, pas plus de dix centimètres, pour qu’elle puisse se régénérer.

Ce que dit la loi

Depuis 2024, la loi 21.660 protège les tourbières en tant que réserves stratégiques pour le climat, l’eau et la biodiversité. Elle interdit d’extraire la tourbe dans tout le pays et n’autorise la récolte de la sphaigne Sphagnum magellanicum qu’avec un plan de gestion approuvé par le Servicio Agrícola y Ganadero, sur avis favorable du Servicio de Biodiversidad y Áreas Protegidas, qui est aussi chargé du contrôle.

La distinction compte : la loi n’interdit pas la mousse, elle interdit d’extraire la tourbe, qui met énormément de temps à se former.

Comment les observer sans les abîmer

  • Toujours sur le sentier ou la passerelle. Les pas tassent la tourbe, et les traces mettent du temps à se refermer.
  • Ne pas prélever de mousse, pas même une poignée : sa récolte est réglementée par la loi.
  • Ni feu ni mégots. La tourbe sèche brûle, et un incendie de tourbe peut progresser sous la surface.
  • Ne pas publier l’emplacement exact d’une tourbière peu fréquentée. Pour un lieu fragile, la meilleure protection est qu’il ne se remplisse pas de monde.

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