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La mémoire parmi les cyprès : le cimetière municipal de Punta Arenas

Plus de six cents cyprès taillés, un portique offert par Sara Braun et la tombe d’un indigène sans nom qui ne cesse de recevoir des bougies. Une promenade lente dans le lieu où s’écrit l’histoire de l’immigration en Magallanes.
Photo : LBM1948 · CC BY-SA 4.0

Par Equipo VivePatagoniaLa rédaction du portail

Il y a des villes qui se comprennent depuis un point de vue. Punta Arenas se comprend mieux en marchant lentement dans son cimetière.

Un cimetière pour toutes les confessions

Le Cementerio Municipal a été fondé en avril 1894, sur un terrain que le gouverneur Manuel Señoret avait acheté au nord de la ville, par un décret du président Jorge Montt. Il se trouve à une dizaine de rues de la place principale. Le Consejo de Monumentos Nacionales le décrit comme le cimetière laïque le plus austral du Chili, un lieu qui réunit les confessions et les coutumes des migrants qui ont fait la ville, et il est monument historique depuis 2012.

Le portique de Sara Braun

On entre par un portique éclectique, aux lignes néobaroques, construit entre 1918 et 1923 grâce à la contribution de Sara Braun, femme d’affaires et philanthrope née dans l’actuelle Lettonie et veuve de José Nogueira. Son mausolée est l’une des étapes de la visite.

On raconte que Sara Braun demanda que la porte centrale soit ouverte une dernière fois pour ses funérailles, et qu’elle fut ensuite fermée. Aucune source officielle ne le confirme : mieux vaut donc le prendre pour ce que c’est, l’une des histoires que la ville se raconte à elle-même.

Les cyprès

Ce que l’on voit d’abord, ce sont les cyprès : plus de six cents, plantés en rangées il y a plus d’un siècle et taillés en cône. Ils forment les allées par lesquelles on parcourt le cimetière et lui donnent un ordre serein, presque de jardin, dans une ville où le vent ne laisse d’ordinaire rien en repos.

Qui repose ici

Le parcourir, c’est lire l’histoire de Magallanes à travers les noms de famille. Il y a les mausolées des familles pionnières, comme celui de José Menéndez, Asturien, éleveur et armateur. Et il y a la dizaine et plus de sépultures des sociétés de bienfaisance, élevées pour les immigrants qui n’avaient pas de famille pour les enterrer.

Il y a aussi des histoires de mer. Y reposent le capitaine baleinier norvégien Adolf Andresen et Charles Milward, le marin anglais qui apparaît dans « En Patagonie », de Bruce Chatwin. On y trouve la mémoire de l’équipage du HMS Doterel, la canonnière britannique qui explosa dans le port en 1881 et dont seuls douze des 155 membres d’équipage survécurent. Et il y a Baldwin Spencer, l’anthropologue anglais mort sur l’île Navarino alors qu’il étudiait les Yagans.

L’Indien inconnu

Dans l’une des allées se trouve une tombe qui n’est presque jamais seule. En 1929 moururent sur l’île Cambridge, aujourd’hui île Diego de Almagro, où l’on exploitait le marbre, un Chilote nommé Leal et un indigène dont personne n’enregistra le vrai nom ; les recherches indiquent qu’il était kawésqar. On les enterra ensemble, et les circonstances de leur mort ne sont toujours pas entièrement éclaircies.

Des années plus tard, quelqu’un posa sur la tombe une plaque de marbre portant l’inscription « Indio Desconocido » et une épitaphe du poète José Grimaldi. En 1969 s’y ajouta une sculpture en bronze d’Edmundo Casanova qui, selon le Consejo de Monumentos Nacionales, représente tous les peuples autochtones de Patagonie.

La tombe est devenue un lieu de dévotion populaire. Les gens y laissent des bougies, des pièces et des plaques de remerciement pour des faveurs liées à la santé, à la famille ou à l’amour, et c’est à la Toussaint qu’elle reçoit le plus de visites. Elle mérite qu’on s’en approche en silence, avec le même respect que pour n’importe quelle autre sépulture.

Pour le visiter

  • Sans se presser. Les allées principales se parcourent en une heure ; avec deux, on voit bien.
  • Avec le parcours en main. Le cimetière propose un itinéraire patrimonial avec ses principales tombes et un moteur de recherche des défunts sur son site officiel.
  • C’est un cimetière en activité. Des familles viennent voir leurs proches : on parle à voix basse, on photographie sans personnes et on ne s’assoit ni ne s’appuie sur les tombes.

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